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Anniversaire du Premier Congrès des Écrivains & Artistes noirs
Cérémonies officielles

Anniversaire du Premier Congrès des Écrivains & Artistes noirs

Dates
19 sept. 2016 > 22 sept. 2017
Adresse
La Sorbonne - 47 rue des Ecoles - 75230 Paris

ANNIVERSAIRE

PREMIER CONGRÈS DES ÉCRIVAINS & ARTISTES NOIRS

19/22 Septembre 1956

 

Un événement & son retentissement
 

1956 – DES INTELLECTUELS NOIRS À LA SORBONNE

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de la défaite du nazisme, des intellectuels noirs renouent avec les requêtes et l’esprit des mouvements abolitionnistes des XVIIIe et XIXe siècles. Dans la continuité des congrès panafricanistes, notamment ceux de Londres (1900), de Paris et Bruxelles (1919), New York (1927), ont lieu les Congrès de Manchester (15/21 octobre 1945), avec des sommités du monde noir telles que W.E.B. Du Bois et George Padmore, Kwame Nkrumah, Nnamdi Azikiwe et Jomo Kenyatta. Ces congrès mettent l’accent sur la nécessité d’emprunter la voie politique en vue de l’accession à l’indépendance des peuples du continent africain.

En 1947, Alioune Diop crée la revue Présence Africaine, qui dès son premier numéro donne le ton pour replacer la culture africaine dans le concert des nations. Cette même année, l’anthologie de Léon Gontran Damas, Poètes noirs d’expression française 1900-1945 est publiée au Seuil (collection Latitude française) et en 1948, aux mêmes éditions paraît l’Anthologie de la nouvelle poésie noire et malgache de langue française de Léopold Sédar Senghor, préfacée par Jean-Paul Sartre et son Orphée noir. La parution de ces deux textes constitue les prémices d’un grand mouvement d’affirmation des cultures noires.
Deux ans plus tard, la maison d’éditions Présence Africaine voit le jour et installe cet espace où romanciers, conteurs, essayistes poètes et penseurs du monde noir peuvent s’exprimer et voir circuler leurs œuvres.

La Librairie Présence Africaine, rue des Ecoles, Paris

La nécessité de réunir les intellectuels noirs s’imposant de plus en plus, en collaboration avec ses prestigieux compagnons parmi lesquels Léopold Sédar Senghor, Jacques Rabemananjara, Cheikh Anta Diop, Richard Wright, Jean Price-Mars, Jacques Stéphen Alexis et bien d’autres figures illustres, Alioune Diop organise le 1er Congrès international des écrivains et artistes noirs qui a lieu à l’amphithéâtre de la Sorbonne du 19 au 22 septembre 1956, un forum politique et culturel dont les principes régissent, depuis lors, la place de la culture comme dialogue entre les peuples.


Alioune Diop (1910-1980)
 

SALUÉ PAR GIDE, SARTRE, CAMUS, MONOD, PICASSO…

Au soutien que l’équipe de Présence Africaine reçoit de la part d’André Gide, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Théodore Monod pour ce 1er Congrès s’ajoutent les marques de sympathie de Roger Bastide, Basil Davidson, Michel Leiris, George Padmore entres autres. Picasso dessine, à cette occasion, le portrait d’un homme noir, devenu l’affiche officielle du Congrès.

Le Congrès des écrivains et artistes noirs de 1956, qualifié de « Bandoeng culturel » réunit à La Sorbonne une centaine de délégués venus d’Afrique et de la Diaspora des États-Unis et de La Caraïbe et même de l'Inde.
L’on déplore l’absence de W.E.B. Du Bois et Paul Robeson, tous deux Noirs américains et interdits de visa.

Dans sa préface du numéro spécial de la revue Présence Africaine consacré au compte rendu du Congrès, Alioune Diop s’exprime en ces termes :
« […] nous sommes concernés par la culture mondiale [..]. La culture n’est que l’effort vital par lequel chaque peuple, chaque homme […] reconstruisent un monde qui s’emplit de vie, [..], et apparaît plus assoiffé que jamais de justice, d’amour et de paix. [..] Il importe que les grand problèmes soient accessibles à toutes les consciences et toutes les originalités culturelles soient accessibles à chacun [..] » (Présence Africaine VIII-IX-X pp. 5-6)
Léopold Sédar Senghor déclare à la clôture : 
« […] parce qu’il faut construire la civilisation de l’universel, nous devons ainsi nous retrouver entre nous, car la civilisation de l’universel sera faite de l’apport de tous. Pour employer un mot de Césaire, ce sera « le rendez-vous du donner et du recevoir ». […] Nous voulons d’abord nous connaître nous-mêmes et nous réaliser nous-mêmes, pour réaliser en même temps l’humanité entière. » (Présence Africaine VIII-IX-X p. 377)
Anticipant sur le futur, le Congrès de 1956 consacre, en même temps que la réalité et la diversité enrichissante des cultures, leur nécessaire dialogue. Il s’assigne une tâche toujours valide :
« Faire de notre culture une puissance de libération et de solidarité, en même temps que le chant de notre intime personnalité. »
 


BILAN

On mesure aujourd’hui la pertinence de ce Congrès à travers ses retombées et le caractère visionnaire de l’initiative audacieuse prise par Alioune Diop et ses compagnons. Il a contribué au rôle prééminent, dans le domaine de la création et les industries culturelles, de la matrice africaine qui se déploie aujourd’hui dans le monde sous tant d'aspects.
Grâce à la revue Présence Africaine (1947), à la maison d’éditions Présence Africaine (1949), à l’ONG « Société Africaine de Culture » (1956), relayées par la librairie Présence Africaine, différents courants de pensée trouvent un espace d’expression.

Ainsi, divers événements et parutions émaillent ce parcours d’un demi-siècle dans plusieurs domaines :
Au plan culturel, on doit souligner l’organisation du Second Congrès international des écrivains et artistes noirs à Rome (1959), des Festivals mondiaux des arts nègres à Dakar, Sénégal (1966), et à Lagos, Nigeria (1977), du Festival panafricain à Alger (1971), et le Festival mondial des Arts Nègres de 2010 (FESMAN, Dakar), dans le but de promouvoir et de faire reconnaître les cultures d'ascendance africaine.
Au plan scientifique, l’organisation de colloques et séminaires pour défendre et illustrer les savoirs africains : le Premier Congrès international des Africanistes à Accra (1962), "Le critique africain et son peuple comme producteur de civilisation" à Yaoundé, au Cameroun (1973), "Le rôle du cinéaste africain dans l’éveil d’une prise de conscience de la civilisation noire" à Ouagadougou, au Burkina Faso (1974), "La civilisation de la femme dans la tradition africaine" à Abidjan, en Côte d’ivoire (1972).
Au plan religieux, l’affirmation de valeurs humanistes issues du monde africain suscite l’organisation des colloques tels que: "Les religions africaines comme source de valeurs de civilisation" à Cotonou, Bénin (1970), "Faut-il un concile africain ?" à Abidjan, Côte d’Ivoire (1977), qui ont donné lieu à des publications collectives.
Au plan politique, les colloques suivants : "La problématique de l’État en Afrique noire" à Dakar, Sénégal (1982), "L’institution d’une journée de solidarité des peuples noirs" (1972), "Dimensions mondiales de la Communauté des peuples noirs" à Dakar, Sénégal (1980), le Centenaire de la Conférence de Berlin, 1884-1885, à Brazzaville, Congo (1985), viennent rappeler les orientations idéologiques de la Société Africaine de Cultures (SAC).

Parallèlement à ces manifestations, une intense activité diplomatique permet l’admission de la SAC auprès de l’Organisation de l'Unité Africaine (OUA) à titre d’observateur en 1963, puis l’adoption par l'UNESCO de la Déclaration universelle sur la Diversité culturelle (novembre 2001), puis, en octobre 2005, de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

L’on mesure ainsi la pertinence de l’action entreprise par Alioune Diop et ses compagnons, et le caractère visionnaire de cette initiative. Celle-ci a contribué au rôle prééminent, dans le domaine de la création et des industries culturelles, de cette matrice africaine qui a essaimé à travers le monde, notamment par les effets de la traite esclavagiste et le ré enracinement de peuples déportés en Amérique du nord, en Amérique du sud, dans La Caraïbe et en Europe.

Cérémonie d'ouverture du Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, le 19 septembre 1956

PERSPECTIVES

Soixante années après la tenue de ce Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, la nécessité s’impose d’une réflexion renouvelée autour des mutations présentes pour poursuivre cette réappropriation politique, culturelle et civilisationnelle en action.

La mondialisation ébranle toutes les frontières culturelles, raciales, ethniques, politiques. Elle contraint à revisiter et redéfinir aussi cette matrice culturelle africaine, ses freins comme ses dynamiques, et à examiner encore les séquelles et les déficits postcoloniaux.

Au plan de la culture, il s’agit d’interroger les stratégies identitaires à l'œuvre aujourd'hui, les structures d’éducation et de recherche, les réseaux de partage et de diffusion, à l'international. Sans omettre des conquêtes notoires dans le domaine des droits civiques et humains en veillant toujours à l’affirmation d’égale dignité de l’art et de la pensée.

Au plan politique, comment l’Afrique et ses cultures héritières avec leurs richesses, tant en ressources matérielles qu’en ressources humaines, peuvent infléchir les effets pervers d'une mondialisation qui déjouerait et invaliderait enfin la fabrication des 'races' qui fonde le racisme, les discriminations, les ségrégations et les stigmatisations, pour œuvrer à l'égalité et à l'universalité de l'humain.

Premier Congrès des écrivains et artistes noirs




(Texte de Florence Alexis)