Chargement...
Musées, institutions culturelles

HISTOIRE & HÉRITAGES DE L'ESCLAVAGE, dans les collections publiques en France / Portail Joconde

Adresse
Musées de France, 6 rue des Pyramides, 75041 Paris CEDEX 01
Téléphone
01.40.15.35.55
Partager 

HISTOIRE
& HÉRITAGES DE L'ESCLAVAGE
sur le portail des collections des Musées de France

Parcours thématique sur le Portail JOCONDE
des Collections des Musées de France:
cliquez sur:
Inventaire Joconde/ Histoire & héritages de l'esclavage

Depuis 2016, les collections françaises d'œuvres et d'objets patrimoniaux liées à la traite négrière, la mémoire de l'esclavage et à leurs héritages, font l’objet d’une attention et d’une visibilité particulières sur Joconde, sous la forme d'un parcours thématique évolutif.

En partenariat avec le Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage (CNMHE), commission consultative de l'État français, la Direction générale des Patrimoines du Ministère de la Culture poursuit une opération, initiée dès 2005 par la direction des musées de France, d'inventaire des œuvres, objets et documents conservés dans les collections publiques et liés à l’histoire de l’esclavage, à la traite négrière, à leurs abolitions et à leurs effets.
Les musées de France qui conservent des objets concernant cette mémoire de l’esclavage sont invités à verser leurs notices et images sur la base Joconde et à compléter l'iconographie des œuvres qu'il reste à photographier, lors de leurs prochaines campagnes. Cet ensemble constitue une source d’études pour les conservateurs, les chercheurs, les enseignants, les élèves et les étudiants. Il permet également d’initier des actions de sensibilisation et de diffusion, et de soutenir des  projets éducatifs dans l'Hexagone et les Outre-mer, auprès du plus large public, en particulier le public scolaire.
Afin de retrouver aisément les notices de ces objets parmi les 550.000 qui constituent le catalogue des collections des musées de France, le terme « histoire de l'esclavage » complète la liste des domaines de Joconde, sous neuf rubriques:

1. Géographie, territoires et routes transcontinentales
2. Transportation : des cargaisons humaines
3. Moteur économique: marine, agriculture, industrie et métiers
4. Survivre en esclavage
5. Hiérarchie de couleurs
6. Portraits, Emblèmes & Allégories
7. Imagerie, Politique, Presse et Opinions publiques
8. Révoltes, Résistances & Abolitions
9. Esclavage, Art & Création contemporaine




UN INVENTAIRE MUSÉOGRAPHIQUE
DANS LES COLLECTIONS FRANÇAISES

Le COMITÉ NATIONAL POUR LA MÉMOIRE ET L’HISTOIRE DE L’ESCLAVAGE (CNMHE, ancien Comité Pour la Mémoire de l’Esclavage/ CPME), fondé dans le cadre de la loi de mai 2001 qualifiant la traite et l'esclavage de crimes contre l’humanité, engage avec la Direction des Musées de France du ministère de la Culture et de la Communication et l’appui du ministère des Outre-Mer, un inventaire d’œuvres et d’objets liés à l’histoire, aux mémoires, effets et séquelles de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions, dès 2005. Ce répertoire parvient aujourd’hui à une nouvelle étape, après une décennie de commémorations nationales des mémoires de la traite négrière et de l’esclavage en France, sous le parrainage du Président de la République chaque 10 mai; le CNMHE en développe la base de données avec ses partenaires. Évolutive par définition, elle valorise désormais ces partenariats de repérages dans les collections françaises autour d’un Parcours thématique qui permet de comprendre, d’apprendre et d’éclairer les contextes, les représentations visuelles et les résistances à plus de 300 ans de commerce d’Africains, leurs fruits et conséquences contemporaines induites : construction du racisme, discriminations, stigmatisations et exclusions…

Nous voulons ici présenter une imagerie, des œuvres et des objets usuels produits d’hier à aujourd’hui. Ainsi s’esquisse une représentation visuelle de la traite négrière et de l’esclavage devenue familière, parfois faite de lieux communs ou même de caricatures stigmatisantes: images d’arrachement à la terre natale, de corps marqués, enchaînés, chassés, prosternés, soumis ou rebelles, de navires négriers, de servitude et de labeurs, de supplices, de châtiments et de plantations... Cet inventaire montre combien ces représentations peuvent être méditées ou dépassées : le discours graphique ou visuel sur la traite, l’esclavage et les abolitions demeure paradoxal, complexe et divers. Le fait historique inspire aussi l’ornement d’objets usuels, de jeux, de costumes, de mobiliers, d’étoffes, de vaisselles ou de tabatières…

Un tel répertoire inclut en outre les objets de l’univers et des pratiques du travail servile sur la plantation (coupe, récolte, moulin à sucre, alambic, distillation…). À terme, il vise aussi à révéler les expressions artistiques des esclaves eux-mêmes, dont il faudra dévoiler les apports créatifs: costumes, musiques, langues, danses, rituels, pratiques de créolisation… C’est l’une des perspectives de cette entreprise d’inventaire.

Au fil des siècles, des voyageurs, artistes, peintres, graveurs, sculpteurs ou lithographes ont représenté ce qui se pose comme "ineffable" : torture, déportation, exil, réduction en esclavage et déshumanisation. Jusqu’ici, les images de la traite, de la vie de plantation, des résistances d’êtres humains à leur condition forcée, ont tenté d’en décrire la violence et la brutalité. Aujourd’hui, on découvre aussi que des œuvres appartenant aux Beaux-arts, à la parodie ou à la satire, ont été livrées comme arguments, plaidoyers, motifs ou illustrations du crime. Que proposent l’art et ses solutions esthétiques pour témoigner, commenter, tempérer, railler, expliciter ou dénoncer ? Ces objets et ces œuvres deviennent des supports de mémoires. Que disent-ils de l’expérience de la servitude au cœur du récit national ?

Nous entreprenons ici de revenir par l’image sur ce crime contre l’humanité pour mettre en lumière le lien entre mémoire, histoire et cultures visuelles, afin d’approfondir les questions liées à cette expérience longue et spécifique de l’histoire nationale. Ce travail s’enrichit constamment de nouveaux enjeux, repérages, indexations et par une réflexion approfondie, nourrie des travaux d’historiens du monde entier ou de créations contemporaines sur les liens entre les patrimoines, les mémoires, l’art, l’Histoire et le crime contre l’humanité.

COMITÉ NATIONAL POUR LA MÉMOIRE & L’HISTOIRE DE L’ESCLAVAGE,
2006/ 2017 (Inventaire muséographique)


REPÈRES HISTORIQUES

Histoire, Mémoires & Héritages de l’esclavage

Entre le 16ème et la fin du 19ème siècle, pour répondre au besoin de main-d’œuvre dans ses colonies, l’Europe déporte depuis l'Afrique vers La Caraïbe et les Amériques près de 13 millions de personnes: 40% de ces captifs de traite vers le Brésil, 60% vers les colonies des Amériques, et un million dans l’Océan Indien. Deux millions sont déportés dans les colonies françaises de l’Atlantique. Dans l’Atlantique nord, où prévaut le commerce dit "triangulaire" (Europe-Afrique-Amériques), des produits manufacturés sont négociés contre des êtres humains captifs, réduits en esclavage sur les plantations ou dans les villes du Nouveau Monde. Un tiers de ces hommes, femmes et enfants y laisse la vie : les uns sur la terre d’Afrique, lors des captures ou dans les convois vers les ports d’embarquement, dans les entrepôts ou au cours des traversées, terrassés par les famines, les maladies ou victimes de la répression de leurs révoltes sur les navires négriers.

Les circuits massifs de la traite transatlantique sont multiples. Quittant l’Europe – depuis Liverpool, Bristol, Le Havre, Saint-Malo, Lorient, Nantes, Bordeaux ou Lisbonne – chargés de marchandises d’échange (armes, alcool, étoffes…), les navires négriers longent les côtes ouest-africaines, du Sénégal, du Dahomey, du Congo à l’Angola, pour y charger leur cargaison d’êtres humains. Au terme d’une traversée de plus de deux mois, ils sont déchargés dans les ports du Brésil, des Guyanes, des Caraïbes et des États-Unis.

D’autres circuits s’organisent depuis la côte orientale de l’Afrique et de Madagascar vers les îles Bourbon (La Réunion) ou de France (Maurice) et vers l’Amérique du Sud. D’autres encore convergeaient déjà vers l’Afrique du Nord et le Moyen Orient à travers le Sahara.

Dans les mines, sur les plantations, l’esclavage est une mort sociale. Le captif est dépossédé de toute identité ; le maître, dont il est la propriété, dispose du droit de vie et de mort et ordonne son régime de travail et de châtiments. Les "coutumes coloniales" font loi : les assemblées de planteurs font fi des réglementations du pouvoir central, tel l’édit royal du Code noir publié en France en 1685. Extrême productivité et violence régissent la vie de plantations (sucre, indigo, café, tabac). Les disettes sont fréquentes. La règle qui prévaut est celle de l’exploitation culminante de main-d’œuvre servile et de réapprovisionnement d’êtres humains régulier par la traite légale, puis hors-la-loi.

Dès le 16e s. sur les côtes d’Afrique mais aussi dans les Caraïbes et aux Amériques, puis au siècle suivant dans les îles de France et de Bourbon, la résistance s’organise aussitôt contre ces deux piliers de colonisation européenne : traite négrière et esclavage. Par des révoltes sur les navires, puis des évasions d'esclaves qualifiées de marronnages. Les fugitifs, alors désignés comme Marron ou Nègre Marron -de 'cimarron' en espagnol- traqués par des meutes de chiens pisteurs, construisent des refuges fortifiés dans les hauteurs – les grands-camps de Guadeloupe (communautés des Mondongs ou des Kellers) et de Martinique, les palenques des colonies espagnoles, les quilombos du Brésil, les cirques des montagnes réunionnaises (Mafate, Cilaos, Salazie), les communautés marronnes des marécages de Caroline du Sud dès 1619 (Great Dismal Swamp)- [voir la vidéo: Le village des esclaves insoumis], contre lesquels les autorités coloniales lancent de véritables guerres, sont autant d’affirmations de cette résistance. Ceux qui ne fuient pas luttent, au quotidien, par le sabotage, l’empoisonnement du commandeur ou du maître, ou même par le suicide.

La révolte qui éclate dans la très riche colonie française de Saint-Domingue dans la nuit du 22 au 23 août 1791 aboutit à la proclamation, sur place, de l’abolition de l’esclavage en 1793, à l’armement des esclaves contre les planteurs, puis à l’adoption du décret d’émancipation du 16 pluviôse an II (4 février 1794) par la Convention, qui active enfin les valeurs républicaines de liberté et d'égalité, promues par la Révolution française, et jusqu'ici refusées aux gens des colonies.

La résistance au rétablissement de l’esclavage par Bonaparte (décret du 20 mai 1802) est l’occasion d’une féroce répression. Au terme d’une guerre contre les troupes de Bonaparte, en 1802-1803, et après la capture et la mort du général en chef Toussaint Louverture, l’indépendance de Saint-Domingue sous le nom amérindien d’Haïti est proclamée le 1er janvier 1804. L’esclavage est cependant rétabli ou maintenu dans les autres colonies françaises.

Maintien de l'esclavage par Bonaparte

Les premiers textes antiesclavagistes sont publiés en Espagne dès 1554, mais c’est pendant la seconde moitié du 18e s. que des mouvements antiesclavagistes apparaissent en Occident : en Pennsylvanie dans les années 1780, à Londres en 1787 avec le Comité pour l’abolition de la traite négrière de la Société des Amis et en 1839 avec la British and Foreign Anti-Slavery Society, ou à Paris avec la Société des Amis des Noirs (1788) [ voir: Adresse à l'Assemblée nationale pour l'abolition de la traite des Noirs], le Comité pour l’abolition de la traite et de l’esclavage de la Société de la morale chrétienne (1822) et la Société française pour l’abolition de l’esclavage (1834) [voir: Faits relatifs à la Traite des Noirs, 1826]. Le quaker Anthony Benezet, les Britanniques William Wilberforce, Thomas Clarkson, les Français Condorcet, Brissot, Mirabeau, L'Abbé Grégoire, l'abbé Raynal, Cyrille Bissette, Victor Schœlcher, multiplient les écrits et les interventions auprès des gouvernements en vue de la suppression de la traite négrière et de l’esclavage, qualifiés dès cette époque de crimes de lèse-humanité.

Mirabeau et les députés de St Domingue

Mirabeau, les députés de St Domingue J-B. Belley et J-B. Mills,
gouache de Jean-Baptiste Lesueur, 1789/1798, © Musée Carnavalet, Paris.

La traite négrière, interdite dès 1807 par l’Angleterre, fait l’objet de mesures de répression peu efficaces tout au long du 19e s. Durant toute cette période, la traite illégale déporte encore 4 millions de captifs africains vers les Caraïbes, les Amériques et les îles de l’Océan Indien.

Le gouvernement provisoire français porté au pouvoir par les journées révolutionnaires de février 1848 proclame enfin l’émancipation en Martinique (73 500 esclaves), en Guadeloupe (87 000 esclaves), à la Guyane (12 500 esclaves), à La Réunion (62 000 esclaves) et au Sénégal (7.000 esclaves). Elle est promulguée en Martinique le 23 mai 1848, le 27 mai en Guadeloupe, le 10 juin en Guyane et le 20 décembre à La Réunion.

Dans les années suivantes, le gouvernement français fait appel pour ses colonies des Caraïbes et de l’océan Indien à une main-d’œuvre (engagisme) recrutée sur contrats de misère en Afrique, en Inde et en Chine : les "Engagés".

REPRÉSENTER LA TRAITE NÉGRIÈRE ET L’ESCLAVAGE

Dès la seconde abolition de 1848, entraves, fers, chaînes, fouets et cravaches, éléments de vie quotidienne du système esclavagiste disparaissent rapidement des quais des ports négriers et des plantations des Caraïbes et d'Amériques ou des colonies de l’océan Indien où ils avaient abondé pendant près de quatre siècles. Les navires négriers sont reconvertis, les témoignages de ce qui avait permis une exploitation exceptionnellement intensive des terres et de main-d’œuvre servile aux Caraïbes-Amériques ou à La Réunion s’effacent peu à peu. À partir de la fin du 18es., certains abolitionnistes veulent démontrer à leurs contemporains les réalités du travail, de la discipline et des châtiments sur les plantations de denrées coloniales qui affluent et font prospérer les grands ports européens. Il faut alors attester pour mobiliser une opinion publique ignorante des choses coloniales. Ainsi débute une entreprise patrimoniale fragile, certes, mais aujourd’hui si précieuse.

Dès 1788-1789, le Britannique Thomas Clarkson diffuse des Plans en coupe du navire négrier Le Brookes. Accusé par les lobbies de planteurs d’exagérément exposer les conditions dramatisées de traversée de l’Atlantique par les négriers, dit Middle Passage (ou "Passage du Milieu"), il n’en inspire pas moins, pendant des décennies, les campagnes de diffusion de ce genre de croquis auxquelles se livrent tous les comités antiesclavagistes. En France en 1825, Auguste de Staël expose, dans le cadre de la Société de la morale chrétienne, les chaînes, fers et entraves de traversée qu’il a pu acheter en toute impunité sur les quais du port de Nantes dix ans après les recommandations d’interdiction émises en Europe lors du Congrès de Vienne en février 1815: L'esclavage au Congrès de Vienne.

En 1840-1841, au cours du périple qu’il entreprend aux Caraïbes pour y analyser les effets de l’abolition dans les British West Indies et la situation des esclaves dans les autres colonies, Schœlcher rapporte de nombreux objets de vie quotidienne et certains instruments du régime disciplinaire des plantations : fouet de commandeur, fers, entraves de pieds, entrave de cou à quatre branches contre les récidives de marronnage des esclaves repris lors d’une première fuite, qu’il se procure en Guadeloupe, en Martinique, ou un couteau de nègre marron également collecté en Guadeloupe. En 1883-1884, il fait don de cet ensemble au musée d’Ethnographie du Trocadéro, aujourd'hui le Musée de l’Homme, collection aujourd’hui conservée au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac.

De nos jours, les objets témoins de la traite négrière et de la vie en esclavage dans les colonies françaises des Caraïbes-Amériques et de l’Océan Indien restent rares. Toutefois on en trouve dans plusieurs musées. En Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à La Réunion, territoires profondément marqués par le système esclavagiste, eux-mêmes Lieux de mémoires de l'esclavage, la recherche muséologique se développe et doit s’accompagner d’un plus vaste développement de la recherche archéologique (sur les sites de plantations ou de cimetières d’esclaves notamment, voir: Cimetière des Âmes perdues- La Réunion). Cet inventaire se fera l’écho de la progression des travaux entrepris.

Nègres à fond de cale, johan Moritz Rugendas, Voyage pittoresque dans le Brésil, Paris, 1835 © Musée des Beaux arts de Chartres

Pendant la première moitié du 19e s., plusieurs artistes s’inspirent des informations diffusées sur la traite négrière, son interdiction et les débats qu’elles suscitent. Parmi les œuvres et témoignages les plus connus, en France, citons le célèbre Radeau de La Méduse de Théodore Géricault (1819), le dessin d’étude La Traite des Noirs qu’il réalisa au fusain et à la sanguine en 1822 (École nationale supérieure des beaux-arts, Paris), des toiles comme Le Serment des Ancêtres de Guillaume Guillon-Léthière à la gloire de l’indépendance d’Haïti (1823, musée national d’Haïti), Nègres à fond de cale que l’Allemand Johann Moritz Rugendas présente au Salon du Louvre en 1827, les Croquis de Pierre-Jean David d'Angers pour un projet de monument non abouti (années 1820, musées d’Angers), La Rébellion d'un esclave sur un navire négrier par Édouard Antoine Renard (1833, musée du Nouveau Monde, La Rochelle) et Esclaves sur la côte ouest-africaine par Auguste François Biard (1840, Wilberforce House, Kingston upon Hull Museum and Art Gallery). Le tableau que Marcel Verdier consacre à l’un des châtiments d’esclaves les plus cruels, sous le titre Le châtiment des quatre piquets dans les colonies (conservé par la Menil Foundation Collection, Houston, Texas) est refusé par le jury du Salon du Louvre de 1843. On craint qu’il ne soulève "la haine populaire" contre l’esclavage… La revue Le Magasin pittoresque publie pour le grand public articles et lithographies largement diffusés au sujet de la traite négrière illégale et des croisières de répression britannique et française dans l’Atlantique.

La représentation de l’esclave ou de scènes d’esclavage demeure un thème récurrent pour de nombreux artistes et artisans dans la fabrication de bijoux ou d’objets de vie quotidienne les plus anodins. Des esclaves au travail dans les champs de canne à sucre ou charriant des boucauts de sucre vers les navires en partance pour l’Europe, ornent tabatières, pendules 'au Nègre'  et autres bibelots [voir: musée d'Aquitaine - Bordeaux].

Paire de sucriers-esclaves chargés de cannes à sucre, argent, vers 1730, © Musée du Quai Branly-J.Chirac

Le développement des courants abolitionnistes, à la fin du 18e s., provoque la diffusion de sceaux, médaillons et  estampes, d’inspiration britannique, qui proclament l’égalité et la fraternité entre les hommes, justifiant ainsi la liberté qu’il convient de conférer aux esclaves. Les événements de Saint-Domingue/ Haïti relatés dans la presse et Le Moniteur universel permettent la réalisation de multiples estampes et lithographies de scènes de la guerre coloniale et des massacres qu’y livrent les 22.000 hommes du corps expéditionnaire du Consulat de Bonaparte ou les incendies de villes entières qui s’embrasent. L’émancipation proclamée en 1848 suscite des commandes officielles de tableaux et pièces sculptées, qui rivalisent dans une tonalité allégorique pour transmettre une vision idyllique et mythique de la réalité. En témoignent les tableaux de Nicolas François Gosse, Liberté, Égalité, Fraternité ou  L'Esclavage affranchi (musée départemental de l’Oise, Beauvais), d’Auguste François Biard Proclamation de l'Abolition de l'Esclavage dans les colonies françaises en 1848 (musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon) ou d’Alphonse GarreauL’Émancipation à La Réunion (musée du Quai Branly), tous commandés en 1848.



Le Nègre armé et l'Acte d'Abolition, © Musée d'Aquitaine, Bordeaux ( Fin 18ème s.)

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

Bibliographie générale:

www.laflammedelegalite.org/bibliographie.php

  •  Une Histoire de l'Esclavage en Afrique: mutations et transformations, Paul LOVEJOY, trad. de l'anglais, Ed. Karthala, 2017.
  •  Le revers de l’oubli. Mémoires et commémorations de l’esclavage au Bénin, de Gaetano CIARCIA, Ed. Karthala, 2016.
  • Les résistances politiques à l’esclavage dans l’espace colonial français (1750-1850) : essai de théorisation (définitions, typologies, comparaisons). 2e Journées du GSHOM, Guadeloupe, 3-8 févr. 2014.
  • Esclavage et Réparations, Louis SALA-MOLINS • ISBN 978-2-35526-132-9, Éd. Lignes, 2014.
  • Résistances et mémoires des esclavages. Espaces arabo-musulmans et transatlantiques, Olivier LESERVOISIER et Salah TRABELSI, Ed. Karthala, 2013.
  • "En finir avec l’esclavage du sang au Portugal", Clément THIBAUD, Gabriel ENTIN, Alejandro E. GÓMEZ, Federica MORELLI (dir.), L’Atlantique révolutionnaire, une perspective ibéro-américaine, Rennes, Les Perséides, 2013.
  • De l’esclavage à la race. Le Portugal ou l’expérience d’une autre modernité occidentale, Myriam COTTIAS et Hebe MATOS (dir.), Esclavage et Subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français (XVIIe-XXe siècles), Porto, Open-Éditions, 2013.
  • Esclavage et réparations. Les textes-clés d'hier et d'aujourd'hui, Louis-Georges TIN, Ed. Les Petits Matins, 2013.
  • Esclavage et réparations. Comment faire face aux crimes de l'histoire ? Louis-Georges TIN, Stock, 2013.
  • Esclavage et Subjectivités dans l’Atlantique luso-brésilien et français (XVIIe-XXe siècles), M. COTTIAS avec Hebe MATOS,  (Lauréat de la bourse Saint-Hilaire, Sao Paulo, Paris), Porto, Open-Éditions, 2013.
  • Slave Trade, Slavery, Abolitions and their Legacies in European Histories and Identities (7e PCRD, SSH, 2008-2012).
  • Britain's Black Debt: Reparations for Caribbean Slavery and Native Genocide, Hilary BECKLES, 2012.
  • L’Atlantique Multiracial, "L’espace des mobilisations de minoritaires en France et aux États-Unis", Audrey CÉLESTINE avec A. DIAMOND, James COHEN, Ph. VERVAECKE (dir.) Paris : Karthala, 2012. 
  • L'esclavage. Du souvenir à la mémoire. Contribution à une anthropologie de la Caraïbe, Paris, Karthala, 2012
  • Pour Quoi faire la Révolution, avec Jean-Luc CHAPPEY, Bernard GAINOT, Guillaume MAZEAU & Pierre SERNA, Agone, 2012.
  • Causes communes. Des Juifs et des Noirs, Nicole LAPIERRE, Stock, coll. «Un ordre d'idées», 2011.
  • Les Traites et les esclavages. Perspectives historiques et contemporaine, Myriam COTTIAS avec Antonio de ALMEIDA MENDES et Élisabeth CUNIN, Karthala, Paris, 2010.
  • French Caribbean organizations and the Black question, African and Black Diaspora, Audrey CÉLESTINE: An International Journal n° spécial "Being Black, Becoming European: Un/settled Migration and Hidden Histories", vol. 4, n°11, 2010.
  • The Fiery Trial: Abraham Lincoln and American Slavery, Eric FONER, New-York, W. W. Norton & Company, 2009.
  • A Concise History of Reparations for the Transatlantic Slave Trade, Raymond A.WINBUSH, XLibris Corporation, 2009.
  • La France et ses esclaves. De la colonisation aux abolitions  (1620-1848), Frédéric RÉGENT, Grasset, 2007 (rééd. poche 2009).
  • Mémoire & Droits humains, enjeux et perspectives pour les Peuples d'Afrique & d'Amérique, Ed. d'En-Bas, 2009.
  • Crimes & Réparations, L’Occident face à son passé colonial, Bouda ETEMAD, Bruxelles, André Versaille Éditeur, 2008.
  • Culture & Mémoire. Représentations contemporaines de la mémoire dans les espaces mémoriels, les arts du visuel, la littérature et le théâtre in Culture & mémoire : quelles représentations ?, Paris : Éditions de l’École Polytechnique, 2008.
  • "Le rôle complexe des supports matériels de la mémoire nationale : le Musée Royal de l’Afrique centrale, ancien Musée du Congo belge, et la mémoire belge du fait colonial" Aurélie Roger, avec  Carola HÄHNEL-MESNARD, Marie LIENARD-YETERIAN, Cristina MARINAS (dir.), 2008.
  • La Question Noire. Histoire d’une construction coloniale, Myriam COTTIAS, Paris, Bayard, 2007.
  • Race & Esclavage dans la France d'Ancien Régime, Pierre H. BOULLE, Librairie Perrin, 2007.
  • NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), "Resolutions", The Crisis, 2007: The Crisis (en ligne)
  • La Révolution haïtienne au-delà de ses frontières, de Giulia BONACCI, Dimitri BÉCHACQ, Pascale BERLOQUIN-CHASSANY, Nicolas REY, Elikia M'BOKOLO (Préface), Karthala, 2006.
  • Reparations Pro & Con, Alfred BROPHY, Oxford University Press, 2006.
  • Making Whole what has been smashed: on reparations politics, John TORPEY, Harvard University Press, 2006.
  • La diaspora noire des Amériques. Expériences et théories à partir de la Caraïbe, CNRS Éditions, 2004.
  • Reparations for Slavery: a reader, Ronald P. SALZBERGER & Mary C. TURK, Rowman & Littlefield Publishers, 2004.
  • Liberties Lost: The Indigenous Caribbean and Slave Systems, Hilary BECKLES & Verene A. SHEPHERD, 2004.
  • Crimes de l'Histoire & Réparations: les réponses du Droit & de la Justice, Laurence BOISSON de CHAZOURNES (dir.), Ed. Bruylant, 2004.
  • Should America Pay ? Slavery & the raging debate on Reparations, Raymond WINBUSH, Harpers & Collins, 2003.
  • Uncivil Wars: The Controversy over Reparations for Slavery, David HOROWITZ, Encounter Books, 2002.
  • L’esclavage et ses séquelles : Mémoire et vécu d’hier et d’aujourd’hui,J.-C. CANGY, L. J. CHAN LOW, & M. PAROOMAL, 2002, Réduit, Presses de l’Université de Maurice.
  • The Debt: What America owes to Blacks, Randall ROBINSON, Plume, 2001.
  • When Sorry is not enough: the controversy over Apologies & Reparations for Human Justice, Roy L. BROOKS, New York University Press, 1999.
  • Commemorating, Suppressing and Invoking Slavery  Ward, K. & Worden, K., in S. NUTTAL & C. COETZEE, Negotiating the Past : The Making of Memory in South Africa, Cape Town : 201-217. 1998.
  •  Natural Rebels: A History of Enslaved Black Women in the Caribbean, Hilary BECKLES, 1989.
  • Afro-Caribbean Women and Resistance to Slavery in Barbados, Hilary BECKLES, 1988.
  • Capitalism and Slavery, Dr. Eric WILLIAMS, 1944 & Paris, Présence africaine, 1968.
  • 20 Questions & Answers about Reparations for Colonialism, Sandew HIRA, Amrit Publishers, 2014.


Médaillon abolitionniste, porcelaine, © Musée Adrien Duboucher, Limoges