Chargement...
Fresque murale - Lycée Baimbridge, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe
Monuments et lieux commémoratifs

Fresque murale - Lycée Baimbridge, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe

Adresse
Boulevard des Héros - Les Abymes, 97159 Pointe-à-Pitre
Téléphone
05 90 82 09 30
Partager 

FRESQUE MURALE DE L’ENTRÉE DU LYCÉE BAIMBRIDGE

Pointe-à-Pitre, Guadeloupe

 

Plusieurs établissements scolaires, dont le lycée Baimbridge à Pointe-à-Pitre et l’École d’art du Lamentin, ont participé à la réalisation d’une fresque murale qui rend compte de la traite esclavagiste en Guadeloupe.

Des élèves en arts plastiques ainsi que des artistes guadeloupéens, Michèle Chomereau-Lamotte, Lucien Léogane, Liliane Bastareau, ont ensemble travaillé à l’élaboration de cette œuvre de 150 mètres de long. Elle orne le mur d’enceinte et l’entrée du Lycée Baimbridge situé à Pointe-à-Pitre.




Cette fresque murale a été présentée en 1998, lors du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, sur le thème « des pans d’histoire de la Guadeloupe sur l’esclavage et les abolitions ». Elle a été rénovée en mai 2012 par des artistes guadeloupéens.

Fresque rénovée en 2012 © D.R. Guadeloupe-tourisme.com

La fresque évoque la traite, à partir d’images d’époque ou plus récentes, de films, mais restitue aussi l'agencement de l’habitation coloniale, son moulin à vent et sa « rue cases-nègres », ainsi que la résistance des Guadeloupéens Louis Delgrès et Joseph Ignace qui se rebellèrent contre le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte en 1802.


Détail de la fresque représentant des portraits de Louis Delgrès et Joseph Ignace


« À l’univers entier

Le dernier cri de l’innocence et du désespoir

C’est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie qu’une classe d’infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée de lever la voix vers la postérité, pour lui faire connaître lorsqu’elle aura disparu, son innocence et ses malheurs.
Victime de quelques individus altérés de sang, qui ont osé tromper le gouvernement français, une foule de citoyens, toujours fidèles à la patrie, se voit enveloppée dans une proscription méditée par l’auteur de tous ses maux. Le général Richepance, dont nous ne savons pas l’étendue des pouvoirs, puisqu’il ne s’annonce que comme général d’armée, ne nous a encore fait connaître son arrivée que par une proclamation dont les expressions sont si bien mesurées, que, lors même qu’il promet protection, il pourrait nous donner la mort, sans s’écarter des termes dont il se sert. À ce style, nous avons reconnu l’influence du contre-amiral Lacrosse, qui nous a juré une haine éternelle... Oui, nous aimons à croire que le général Richepance, lui aussi, a été trompé par cet homme perfide, qui sait employer également les poignards et la calomnie.
Quels sont les coups d’autorité dont on nous menace ? Veut-on diriger contre nous les baïonnettes de ces braves militaires, dont nous aimions à calculer le moment de l’arrivée, et qui naguère ne les dirigeaient que contre les ennemis de la République ? Ah ! Plutôt, si nous en croyons les coups d’autorité déjà frappés au Port-de-la -Liberté, le système d’une mort lente dans les cachots continue à être suivi. Eh bien ! Nous choisissons de mourir plus promptement.
Osons le dire, les maximes de la tyrannie les plus atroces sont surpassées aujourd’hui. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d’affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes malheureusement trop puissants par leur éloignement de l’autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d’hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l’esclavage.
Et vous, Premier consul de la république, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut -il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d’où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! Ah ! sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence, mais il ne sera plus temps et des pervers auront déjà profité des calomnies qu’ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine.
Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l’épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace, - à moins qu’on veuille vous faire le crime de n’avoir pas dirigé vos armes contre nous, - vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation. La résistance à l’oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l’humanité : nous ne la souillerons pas par l’ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs. Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d’employer tous nos moyens à les faire respecter par tous. Et toi, postérité ! accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits.
Le Commandement de la Basse-Terre Louis DELGRÈS »