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BANC-MEMOIRE à Louis Delgrès, Paris
Monuments et lieux commémoratifs

BANC-MEMOIRE à Louis Delgrès, Paris

Adresse
rue Delgrès, 75020 PARIS
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BANC-MÉMOIRE à Louis Delgrès

Le 5 novembre 2010 à Paris

George Pau-Langevin inaugure un banc- mémoire en hommage à Louis Delgrès et aux esclaves résistants, en compagnie du Prix Nobel de littérature Toni Morrison

16h - rue Louis Delgrès, (Paris 20e) :

L’écrivain et prix Nobel de littérature 1993, Toni Morrison, en France à l’occasion de la 6ème Conférence de la Toni Morrison Society ("Toni Morison et les circuits de l’imaginaire", tenue du 4 au 7 novembre 2010, Université Paris VIII) assiste à la pose du quatrième "Bench by the Road", financé par la Toni Morrison Society : un banc public à la mémoire des Africains réduits en esclavage, ici incarnés par Louis Delgrès, résistant au rétablissement de l'esclavage par Bonaparte, le premier « banc-mémoire » installé par cette institution hors des États-Unis.

http://www.tonimorrisonsociety.org



Madame George PAU-LANGEVIN rend hommage aux esclaves
à PARIS 20ème  à 17h.
Madame la ministre a déposé une gerbe en hommage à Louis Delgrès, rue Louis Delgrès (à l’angle de la rue des Panoyaux) dans le XXe arrondissement, à Paris.
Dépôt de gerbe de G.Pau-Langevin © Alfred-Jocksan



DISCOURS DE MADAME GEORGE PAU-LANGEVIN
Mesdames et Messieurs, Bonjours à tous.
Je suis heureuse de votre présence aujourd’hui dans cette rue qui porte depuis 1996 le nom de celui qui fut le commandant de la Basse-Terre, et qui préféra mourir pour ses idéaux plutôt que de vivre en renonçant à ce qu’il considérait comme un principe de justice au fondement de la République, de la France et de l’Humanité en général.
Permettez-moi de vous lire quelques mots de la proclamation du 10 mai 1802, que Louis Delgrès fit afficher sur les murs de Basse-Terre lorsque les troupes consulaires du général Richepance, envoyées par Bonaparte, arrivèrent en Guadeloupe pour rétablir l’esclavage. Laissons ici retentir « le cri de l’innocence et du désespoir » que l’une des figures les plus illustres de notre République adressa selon sa déchirante expression : « à l’univers entier. »
Voici ces mots :« C’est dans les plus beaux jours d’un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie, qu’une classe d’infortunés qu’on veut anéantir se voit obligée d’élever sa voix vers la postérité pour lui faire connaître, lorsqu’elle aura disparu, son innocence et ses malheurs. » « Osons le dire, les maximes de la tyrannie la plus atroce sont surpassées aujourd’hui. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d’affranchir son esclave, et tout nous annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes, malheureusement trop puissants par leur éloignement de l’autorité dont ils émanent, qui ne veulent voir d’hommes noirs ou tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l’esclavage. Et vous, Premier Consul de la République, vous guerrier philosophe de qui nous attendions la justice qui nous était due, pourquoi faut-il que nous ayons à déplorer notre éloignement du foyer d’où partent les conceptions sublimes que vous nous avez si souvent fait admirer ! »Ah ! Sans doute un jour vous connaîtrez notre innocence ; mais il ne sera plus temps, et des pervers auront déjà profité des calomnies qu’ils ont prodiguées contre nous pour consommer notre ruine. Citoyens de la Guadeloupe, vous dont la différence de l’épiderme est un titre suffisant pour ne point craindre les vengeances dont on nous menace, à moins qu’on ne veuille vous faire un crime de n’avoir pas dirigé vos armes contre nous, vous avez entendu les motifs qui ont excité notre indignation.
La résistance â l’oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause ; elle est celle de la justice et de l’humanité : nous ne la souillerons pas par l’ombre même du crime. Oui, nous sommes résolus à nous tenir sur une juste défensive ; mais nous ne deviendrons jamais les agresseurs.
Pour vous, restez dans vos foyers ; ne craignez rien de notre part. Nous vous jurons solennellement de respecter vos femmes, vos enfants, vos propriétés, et d’employer tous nos moyens à les faire respecter par tous. Et toi, postérité ! Accorde une larme à nos malheurs et nous mourrons satisfaits.”

Voilà les mots que fit afficher le commandant de la Basse-Terre. Voilà au nom de quelles valeurs des hommes et des femmes se sont élevés au dessus de leur idéal pour prendre part au combat pour l’abolition de l’esclavage. Le nom de Louis Delgrès ne nous fait pas oublier celui d’autres hommes et d’autres femmes qui ont mêlé leur lutte à la sienne, leur espoir au sien et parfois jusqu’à leur sang. Je pense à Victor Schoelcher, à l’Abbé Grégoire, à Joseph Ignace, à l’Abbé Raynal, à Cyrille Bissette, à Toussaint Louverture, à la Mûlatresse Solitude.
Je pense à tous ceux qui par leur haute lutte ont contribué à dessiner le visage denotre République et à forger notre identité humaniste. Cette Histoire de l’esclavage est l’Histoire de tous les Républicains. Elle ne concerne pas seulement ceux dont les ancêtres ont souffert dans leur chair ces atrocités. Ces cérémonies sont là pour commémorer nos morts, mais également pour nous appeler à la vigilance, et nous rappeler à quelles extrémités l’humanité peut arriver lorsqu’elle se laisse aller à sa pente destructrice, haineuse et mortifère. Lorsque l’être humain se laisse aller à lui-même, la barbarie n’est jamais si lointaine.
La mémoire est aussi là pour être la sentinelle du présent. Pour nous intimer l’impératif quotidien d’œuvrer pour le respect mutuel, l’entraide et la tolérance.
Louis Delgrès s’adressait déjà à la postérité il y a de cela plus de deux siècles. Il s’adressait déjà à nous. Il s’adressera toujours aux vivants de ce monde pour leur rappeler l’exigence humaniste qui doit être la leur. Ce cri républicain, Louis Delgrès l’a poussé jusqu’à son dernier soupir. Honorer sa mémoire n’est pas seulement se souvenir de son combat, mais faire de son combat le nôtre.
Honorer sa mémoire n’est pas seulement célébrer son courage et son éthique, mais nous inspirer de son courage et de son éthique pour nous guider au quotidien de nos actions.
La France traverse un temps difficile et elle ne peut souffrir la discorde entre certains des membres de sa famille. Nous devons avancer ensemble. Nous devons rester fidèles à l’esprit de Louis Delgrès. Tâchons d’être digne de son souvenir. Merci à vous.