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Événements culturels

NOUS & LES AUTRES – Des préjugés au Racisme, exposition au Musée de l'Homme

Dates
31 mars 2017 > 08 janv. 2018
Adresse
Musée de l'Homme - HISTOIRE & HÉRITAGES DE L'ESCLAVAGE, dans les collections publiques en France / Portail Joconde - 17 Place du Trocadéro - 75016 PARIS
Téléphone
01.44.05.72.72

Exposition

NOUS & LES AUTRES – Des préjugés au Racisme

Musée de l'Homme

17 Place du Trocadéro 75016 Paris

du 31 mars 2017 au 08 Janvier 2018

 

"Les recherches scientifiques récentes confirment que les populations humaines présentent trop peu de différences génétiques entre elles pour justifier la notion de 'race'. Cette notion reste pertinente pour d’autres espèces, telles que les chiens et les chevaux, qui sont issus d’une sélection par l’Homme".
                                                            Évelyne Heyer, commissaire scientifique de l’exposition



CATÉGORISER L’AUTRE OU COMMENT
APPRÉHENDER LA DIVERSITÉ DES INDIVIDUS

Le visiteur plonge dans une diversité de visages, de silhouettes de femmes et d’hommes qu’il rencontre au quotidien dans la rue, les transports… Ces vingt personnages sont catégorisés en fonction de trois critères de différenciation : physique (sexe, couleur de peau) – social (revenus, style vestimentaire) – religieux (croyance, pratique). L’objectif est de montrer que, pour ordonner le monde aux multiples visages dans lequel nous évoluons, nous avons tendance à classer les êtres humains dans des catégories.

Catégoriser, un processus universel
La catégorisation consiste à réunir dans des catégories des éléments que l’on considère de même nature. Ce mécanisme n’induit pas nécessairement de hiérarchie entre les catégories mais peut nous faire glisser vers une image toute faite et figée d’un individu, alors réduit à un stéréotype. Qu’il soit négatif ou positif, le stéréotype restreint les différentes facettes d’une personne à quelques traits de caractère partagés par tous ceux qui, comme lui, se voient arbitrairement rangés sous telle ou telle "étiquette". Si catégoriser est un processus universel, ces utilisées ne sont ni naturelles ni universelles. Chaque société construit les siennes et, selon le contexte sociopolitique, valorise des critères religieux, culturels, sociaux ou liés à l’origine géographique.


DE LA CATÉGORISATION À L’ESSENTIALISATION
Comment se définit-on ? Comment les autres nous voient ?
Dans un lieu anonyme où l’on se croise sans se connaître, des banquettes accueillent le public pour lui proposer des jeux multimédia adaptés de tests courants en psychologie sociale. Ainsi le visiteur prend conscience des mécanismes par lesquels chacun se définit au niveau individuel et collectif. Nous nous centrons sur notre groupe d’appartenance – que nous favorisons – et nous cherchons à nous différencier des autres.

Cet "ethnocentrisme" s’accompagne d’une propension à voir l’autre groupe comme un "tout", occultant la diversité des êtres qui le composent. Stéréotypes et préjugés prospèrent sur ce terreau. Ils peuvent conduire à traiter de manière hiérarchique et inégalitaire les individus ou groupes désignés comme différents de soi. Pourtant, qu’elles soient individuelles, sociales ou culturelles, nos identités ne sont ni figées ni immuables : elles sont multiples, se réinventent et évoluent en permanence.

Trois séquences invitent le visiteur de manière ludique et avec humour, à découvrir :

  • Les identités plurielles mettant en évidence les différences entre l’identité assignée (la manière dont les autres nous voient) et l’identité choisie (la façon dont on se définit soi-même)
  • Les ressorts des préjugés à travers des tests montrant comment l’on intériorise le regard des autres ou comment l’on valorise son groupe à partir d’un critère minimal.
  • Des stéréotypes culturels. Quatre destinations ont été choisies : le Japon, les États-Unis, les Émirats et la Bretagne. À chacune sont associés des clichés soulignant le caractère réducteur des idées reçues sur les modes de vie des autres et des contre-images.
Pour poursuivre le parcours de l’exposition le visiteur est obligé de franchir le portique de son choix. Son passage déclenche une ou plusieurs phrases faisant ressentir l’effet produit par l’essentialisation, c’est-à-dire le fait de voir sa personnalité réduite à une seule composante, enfermé dans une catégorie étanche.
Ainsi, l’essentialisation érige entre les êtres humains des barrières invisibles.
Au cours de l’Histoire, des individus ont été classés dans des catégories en fonction de leurs traits physiques. À chaque catégorie ont été associés des caractères moraux, psychologiques ou comportementaux censés se transmettre de génération en génération. Aujourd’hui, l’essentialisation perdure sous une forme culturelle, fondée sur des critères comme la religion ou l’origine géographique. La culture est perçue comme fixe et monolithique, alors que les identités culturelles sont dynamiques et changeantes…

 

10 MOTS POUR COMPRENDRE

ALTÉRITÉ
Alors que les différences entre individus ou groupes sociaux sont infinies, sélectionner des caractéristiques - réelles ou en fabriquer d'imaginaires - perçues comme pertinentes pour désigner l’autre permet de s’en différencier et de créer entre "eux" et "nous" une frontière symbolique.

ASSIGNATION IDENTITAIRE
Alors que chacun se définit en fonction d’un contexte ou d’éléments qu’il souhaite mettre en avant, l’assignation identitaire renvoie l’individu à une identité figée, en lui attribuant des traits physiques, culturels ou psychologiques propres à son groupe d’appartenance qu’il soit réel ou supposé.

CATÉGORISATION
La catégorisation est une opération mentale qui permet de réduire la complexité du monde. Les hommes classent les individus en fonction de leur apparence, leur religion, leur origine géographique… Ces "catégories" ne sont ni naturelles ni figées : les critères de différenciation varient selon les sociétés et les époques.

DISCRIMINATION
La discrimination consiste à refuser, intentionnellement ou non, l’égalité de traitement à des individus ou des groupes. Elle peut être directe (logement, embauche…) ou indirecte lorsqu’elle résulte de pratiques apparemment égalitaires – comme l’orientation scolaire - qui produisent des effets défavorables pour les individus ou les groupes concernés.

ESSENTIALISATION
On parle d’essentialisation lorsque l’identité d’un individu se voit réduite à des particularités morales, des aptitudes intellectuelles ou des caractères psychologiques supposés immuables et transmis de génération en génération au sein d’un groupe humain.

ETHNOCENTRISME
L’ethnocentrisme est une attitude qui consiste à valoriser les caractéristiques culturelles du groupe auquel on appartient, lequel est pris pour référence afin d’évaluer les autres groupes et d’en tenir les caractéristiques pour secondaires, sans forcément leur être hostile.

PRÉJUGÉ
Un préjugé est un jugement porté sur un individu ou un groupe, qui se fonde sur des idées reçues issues d’un milieu ou d’une époque donnés. À la différence du stéréotype, il est porteur d’une charge affective et suscite des considérations ou des réactions souvent défavorables à l’égard des personnes visées.

RACISME
Être raciste, c’est considérer que les différences entre individus - qu’elles soient physiques, culturelles ou morales - sont héréditaires, immuables et "naturelles". Le racisme établit une hiérarchie entre des catégories d’êtres humains, qui peut se traduire en pratiques allant de la discrimination jusqu’à l’extermination de l’autre.

STÉRÉOTYPE
Le stéréotype est une opinion toute faite sur un individu ou un groupe auquel on attribue des traits de caractères figés, réputés communs à tous ceux de sa "catégorie". Véhiculée par le sens commun, cette représentation caricaturale fonctionne comme un "prêt à penser" qui réduit la complexité du réel.

XÉNOPHOBIE
La xénophobie désigne la peur ou le rejet de ce qui est étranger : les pratiques et caractéristiques culturelles des groupes étrangers sont dénigrées et jugées avec hostilité. Le xénophobe cherche ainsi à préserver son groupe contre les "étrangers" – qu’ils fassent ou non partie de son territoire.

'RACE' & HISTOIRE

La deuxième partie de l’exposition explore la construction scientifique de la notion de "race" et illustre, à partir d’exemples historiques, la mise en œuvre de racismes institutionnalisés par des états. Le visiteur remonte le temps en traversant deux espaces : une rotonde et trois cubes similaires reliés par un cheminement visible au sol.

L’histoire est convoquée :

  • pour mettre en évidence et illustrer par des exemples la construction de la notion de "race" et les phénomènes de racialisation dans des contextes spécifiques (esclavagisme, colonialisme, nationalisme) ;
  • pour montrer comment ces processus résultent d’interactions sociales engageant différents acteurs : la science, les politiques, les médias et la société civile.

Anténor FIRMIN, Anthropologue haïtien auteur de "De l'Egalité des Races humaines"
en 1885, en réponse aux théories raciste de Gobineau © DR

COMMENT S’EST CONSTRUITE L’IDÉE D’UNE PRÉTENDUE HIÉRARCHIE DES "RACES" ?
Le contexte historique des conquêtes coloniales et la construction scientifique de la notion de "race".
Les dates clefs et les éléments portés à la connaissance des visiteurs s'appuient sur des documents iconographiques et des objets. Trois bornes multimédia présentent, sous forme d’images et de récits, le contexte historique de l’esclavagisme et du colonialisme et la démarche scientifique.

Des esclaves aux indigènes : quand le droit entérine la suprématie des Européens
Partis à la conquête du monde à la fin du 15e siècle, les Européens, entrés en contact avec des peuples "autres" par leur couleur de peau et leurs pratiques culturelles, vont justifier leur domination par la prétendue supériorité de la "race" blanche et édicter des règles pour asseoir leur suprématie.

La hiérarchisation des "races" est théorisée par Joseph-Arthur Gobineau en 1853 dans son Essai sur l’inégalité des races humaines, auquel répondra en 1885 l'Haïtien Joseph Anténor Firmin dans De l’Égalité des races humaines (1885), rare voix à s’élever contre l’idée alors largement répandue de l’infériorité des cultures non-occidentales dites primitives. Anténor Firmin y déclare notamment:
"Il n'y a aucune différence fondamentale entre le Noir d'Afrique et celui d'Haïti. Je ne saurais jamais comprendre, lorsqu'on parle de l'infériorité de la race noire, que l'allusion ait plus de portée contre le premier que contre le second. Je voudrais même me complaire dans une telle pensée mensongère et inepte, que la réalité, jamais menteuse, viendrait me faire sentir, à chaque instant, que le mépris systématique professé contre l'Africain m'enveloppe tout entier.

"… Montrer à la terre entière que tous les hommes, noirs ou blancs, sont égaux en qualités comme ils sont égaux en droit !
"…Les hommes sont partout doués des mêmes qualités et des mêmes défauts, sans distinction de couleur ni de forme anatomique. Les races sont égales; elles sont toutes capables de s'é&lever aux plus nobles vertus, au plus haut développement intellectuel, comme de tomber dans la plus complète dégénération.
"…L'égalité des races humaines… devient ainsi une doctrine régénératrice et éminemment salutaire au développement harmonique de l'espèce; car elle nous rappelle la plus belle pensée d'un grand génie:
                                                 "TOUS LES HOMMES SONT L'HOMME".
(Victor Hugo).


C’est donc pour des raisons économiques et politiques que la distinction de couleur puis le racisme se développent peu à peu, dans le contexte de l’esclavagisme. Au 19e siècle, le colonialisme s’accompagne d’une racialisation des identités et se traduit par une privation des droits civiques. Le régime de l’indigénat est appliqué dans l’ensemble des colonies.
Aux citoyens français qui bénéficient des droits civiques et politiques, s’opposent des "sujets" désignés sous le terme "indigènes" et soumis à une législation discriminante: absence de droits politiques, restriction des déplacements, travail forcé.
À partir de la seconde moitié du 19e siècle, la science utilise la notion de "race" pour classer la diversité humaine. Dans ce contexte, classification devient synonyme de hiérarchie raciale. Forgée par les élites, des représentations inégalitaires des populations colonisées circulent et structurent dès lors les imaginaires.

Quand la science s’en mêle…
Des exemplaires de publications scientifiques majeures illustrent le rôle joué par la science dans la légitimation du discours raciste. Au 18e siècle, les naturalistes (Linné, Buffon) entreprennent de classer la diversité du monde vivant. L’anthropologie devient une discipline autonome au milieu du 19e siècle et ses représentants (Quatrefages, Paul Broca) se penchent sur la diversité de l’espèce humaine. Classifier ne signifie pas nécessairement hiérarchiser mais dans le contexte politique de l’esclavagisme puis de la colonisation, l’entreprise des scientifiques s’accompagne d’une dimension inégalitaire et essentialisante, les mesures de l’angle facial, de la forme du crâne ou du volume cérébral venant à l’appui de considérations culturelles. On attribue alors des capacités cognitives, des potentialités de développement, voire des valeurs morales en fonction des particularités biologiques constatées.

Statues d'un couple d'Egyptiens du Meïdoum, Musée de Boulaq - 6° dynastie, présentées par Anténor Firmin en 1885


"Le processus de racialisation consiste à assimiler l’individu à un groupe homogène dont les caractéristiques sont figées, uniformisées et dévalorisées. Dans certains contextes historiques spécifiques, un groupe dominant, souvent dans une volonté de domination économique et/ou politique, active certaines catégories, dans le but de les rejeter hors de la communauté en utilisant les moyens dont il dispose : la force mais aussi la législation, l’éducation et les institutions.".
                                                                        Carole Reynaud-Paligot, commissaire de l’exposition

ÉTAT DES LIEUX

QUE NOUS DIT LA GÉNÉTIQUE À PROPOS DES "RACES" ?
Le visiteur pénètre dans un espace évoquant un laboratoire
Des lamelles suspendues au plafond, composées de bandes de tissu de couleur, reproduisent notre séquence ADN. Au-delà de ce rideau, trois écrans proposent de courts films d’animation faisant le point sur les données scientifiques actuelles.

  • La génétique permet-elle de classer les humains ?
  • Une grande famille de mutants !
  • Ce que l’ADN dit de nous...

La notion de "race" n’est pas valide scientifiquement

Nous appartenons tous à la même espèce Homo sapiens, biologiquement homogène car, en 200 000 ans, elle n’a pas eu le temps de produire des différences majeures entre groupes d’individus. Deux individus sont à 99,9 % identiques par leur génome. Entre deux Européens d’un même village, il y a quasiment autant de différences génétiques qu’entre un Européen et un Africain, ou un Africain et un Asiatique.

Nous sommes visiblement bien différents les uns des autres. Ces différences sont le résultat de notre histoire passée, des migrations de nos ancêtres, de notre environnement, de notre culture et du mélange génétique entre nos deux parents. Quant aux différences de couleur de peau, elles relèvent de variations génétiques qui ne concernent qu’une part infime de notre génome ; elles sont le fruit de l’adaptation de nos ancêtres à des conditions climatiques.

La société française dans sa complexité

En s’appuyant sur les enquêtes en sciences sociales, l’exposition dresse un état des lieux des comportements racistes dans la société française. Les données issues de trois sources ont été sélectionnées selon une triple approche : Intégration ou communautarisme ? / Vous avez dit discriminations ? / Où en est-on avec le racisme en France aujourd’hui ?

ÉPILOGUE

Un grand mot en 3D, ÉGALITÉ, marque la fin du parcours. Le visiteur le traverse pour se mettre en mouvement et emboîter virtuellement le pas de marches citoyennes. Une installation audiovisuelle, réunissant les images de différentes marches pour l’égalité dans la diversité, témoigne de la permanence de l’action collective dans la lutte contre le racisme. Confronté individuellement à ses propres représentations au début du parcours, le visiteur quitte l’exposition dans un élan collectif. Un tableau magnétique permet à chacun de proposer des solutions pour mieux vivre ensemble.

Commissaires de l'exposition
Jérôme Berthaut, sociologue, maître de conférences à l’université de Bourgogne – chercheur associé à l’URMIS. Auteur de La Banlieue du "20 heures" – Ethnographie de la production d’un lieu commun journalistique, 2013, éd. Agone.
Abdellali Hajjat, sociologue, maître de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre. Auteur de "Comment les élites françaises fabriquent le problème musulman", 2013, coll. La Découverte.
Christian Poiret, sociologue, maître de conférences à l’université Paris-Diderot. Auteur de "Les processus d’ethnicisation et de raci(ali)sation dans la France contemporaine : Africains, Ultramarins et Noirs", 2011, Revue européenne des migrations internationales.
Martin Olivera, ethnologue, maître de conférences, université Paris Ouest-Nanterre. Auteur de "Situations des Roms en Europe : regards d’ethnographes", 2015, Société d’ethnologie Française.