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ANNIVERSAIRE DE FRANTZ FANON

Lieu

LES ARBRES DE LA LIBERTÉ Ville de Schœlcher, Martinique
SCHOELCHER
Monuments et lieux commémoratifs
Événements culturels

ANNIVERSAIRE DE FRANTZ FANON

Dates
01 juil. 2016 > 31 juil. 2017
Adresse
FONDATION FRANTZ FANON - LES ARBRES DE LA LIBERTÉ Ville de Schœlcher, Martinique - 58 rue Daguerre - 75014 Paris

Anniversaire de Frantz Fanon

(1925 / 1961)


Le CNMHE veut saluer la Mémoire de Frantz Fanon en ce 91ème anniversaire de sa naissance à Fort-de-France
"Sur le colonialisme, sur les conséquences humaines de la colonisation et du racisme, le livre essentiel est un livre de Fanon : Peau noire, Masques blancs. Sur la décolonisation, ses aspects et ses problèmes, le livre essentiel est un livre de Fanon : Les Damnés de la Terre. Toujours, partout, la même lucidité, la même force, la même intrépidité dans l'analyse, le même esprit de "scandale démystificateur".
Cet hommage d'Aimé Césaire dit assez la place qu'occupe Frantz Fanon (1925-1961) dans la conscience universelle.
Aujourd'hui encore, Frantz Fanon est pris en considération par de nombreux auteurs; le courant des critiques post-coloniales a notamment initié une relecture de l'auteur martiniquais. Edward Saïd, dans Culture et impérialisme, a très souvent repris les écrits de Fanon. D'autres auteurs contemporains se sont intéressés à son œuvre, comme Stuart Hall, Homi Bhabha et Judith Butler, et en particulier à Peau noire, masques blancs. Des représentants de la scène  "rap" comme Casey ou La Rumeur, dans des textes centrés sur la dénonciation de la colonisation, font référence à Fanon et à son œuvre, parfois ouvertement comme dans le titre Nature morte de La Rumeur:
                                          "Qu'as-tu à dire à ces corps pris pour chair à canon
                                           A ces damnés d'la terre chers à Frantz Fanon
                                           Des champs d'coton au ghetto, à fond d'cale du bateau"
Sur la pochette du street-CD Nord Sud Est Ouest du rappeur Ekoué on voit une réédition de: Les Damnés de la Terre...

                        
                        
                    La rappeuse Casey © DR                                                                  Couverture du CD d'Ékoué © DR
"

« (…) Nous voulons marcher tout le temps, la nuit et le jour,
en compagnie de l’homme, de tous les hommes.
Il s’agit de ne pas étirer la caravane, car alors,
chaque rang perçoit à peine celui qui le précède,
et les hommes qui ne se reconnaissent plus,
se rencontrent de moins en moins, se parlent de moins en moins.
Il s’agit (…) de recommencer une histoire de l’homme
...

Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs

FRANTZ FANON (20 juillet 1925/ 6 décembre 1961)

Pour Frantz Fanon, la "race" est avant tout une expérience qui "enferme dans un cercle infernal" (Peau noire & masques blancs, p. 94). Le Noir défini par l’épreuve historique de l’esclavage et de la domination coloniale, continue indéfiniment à être un sujet racialisé, surdéterminé par le regard déshumanisant du Blanc qui l’emprisonne dans un sentiment d’étrangeté de soi à soi, dans une identité d’infériorité. Martiniquais de naissance, Frantz Fanon a précisément été forgé par l’expérience d’une société post-esclavagiste dont l’histoire est alors improprement connue, notamment celle des résistances des esclaves (par l’incendie, le marronnage, les révoltes...).

Alors qu’il y a éprouvé l’imposition culturelle où "le Noir s’identifie au Civilisateur" (Peau noire & masques blancs, p. 157), il n’y localise pourtant pas l’expérience du racisme car les acteurs habitués aux différences raciales ne les qualifient pas explicitement: "Il y avait aussi aux Antilles ce petit hiatus qui existe entre la békaille, la mulâtraille et la négraille. Mais nous nous contentions d’une compréhension intellectuelle de ces divergences", (Peau noire & masques blancs, p. 89). La désignation raciale ou le rejet discriminant tels que "sale nègre" ou simplement : "Tiens, un nègre !", l’objectivation et l’enfermement identitaire, il les éprouve hors de la Martinique, au cours de sa quête d’une liberté universelle (qui va justifier son ralliement au Forces françaises Libres en 1943, à l’âge de 18 ans). Continûment, la réflexion de Frantz Fanon se déploie autour du politique, de l’individuel et de l’histoire immédiate.

Frantz Fanon va ainsi élaborer sa pensée sur l’articulation entre race, racisme et colonisation […]. L’analyse du "racisme" -qui est central dans sa thèse de médecine rejetée par l’Université et qui de ce fait devint son premier ouvrage: Peau Noire, masques blancs, en 1952- est aussi le thème de son intervention en 1956 à La Sorbonne, intitulée "Racisme et Culture", au Premier Congrès des Écrivains & Artistes noirs. […] La synthèse de ces travaux et réflexions est publiée dans son ouvrage posthume, Les Damnés de la Terre, en 1961. Frantz Fanon vient alors de mourir à 36 ans, d’une leucémie, aux États-Unis.

                                          Affiche du 1er Congrès des Écrivains & Artiste Noirs, Paris, La Sorbonne, 1956 - Affiche de Picasso © DR
Entre une première période de sa réflexion, l’universalisme dégagé de la notion de race est affiché comme horizon –selon un agencement historique qui va "de l’existence de groupes humains sans culture, puis de cultures hiérarchisées, enfin de la notion de relativité culturelle" (Racisme & Culture, p. 122), et une seconde phase qui correspond à celle de l’exercice du métier de médecin psychiatre en Algérie et à son engagement progressif au sein du Front de Libération Nationale (FLN) algérien (qui le conduit à démissionner de son poste en 1956), la pensée de Frantz Fanon se radicalise.

Influencé par l'existentialisme et la psychiatrie, son premier ouvrage ouvre des voies nouvelles, notamment sur l’aliénation du colonisé "noir". Conséquence d’une situation coloniale qui envahit les esprits et les corps, le colonisé est conduit à imiter le dominant pour faire reconnaître son humanité. La langue imposée par la colonisation a aussi de grandes implications sur la conscience que le colonisé a de lui-même : "parler français" signifie l’acceptation et l’assimilation, sous la contrainte, de la conscience collective véhiculée par le Français, tandis que celle-ci identifie le Noir au Mal et à la négation de son Être.

Très influencé par les travaux de Jean-Paul Sartre sur la Question juive, Frantz Fanon a établi aussi dans son premier ouvrage, un lien entre le nazisme -ici considéré comme l’institution d’un système colonial sur le sol européen- avec le colonialisme européen développé hors de ses frontières continentales.

Plus tard, […] Fanon affirme que les peuples colonisés et opprimés sur une base raciale ne doivent pas rechercher leur libération à travers une reconnaissance de ceux-là mêmes qui les oppriment car ce serait accepter de faire de l'oppresseur le seul référent de l’humanité. Son second ouvrage, majeur pour toute la réflexion sur les libérations nationales postcoloniales, Les Damnés de la Terre, offre un cadre commun d’analyse aux systèmes racialisés. Dans un schéma hégélien, Frantz Fanon propose la violence révolutionnaire comme seul moyen de résolution des tensions historiques. Pour créer un nouvel humanisme non européen, un homme nouveau, il faut détruire les catégories de "Blanc" et de "Noir" et se libérer ainsi du passé colonial. Un enjeu d’une actualité stupéfiante.
                                                                   Myriam Cottias, Présidente du CNMHE
                                                                   Directrice de recherche au CNRS

Article publié dans une version plus longue dans le Dictionnaire du Racisme
(PUF, Paris, 2013) sous la direction de Pierre-André Taguieff.

Bibliographie :

  • Actes du premier congrès international des écrivains et artistes noirs: 'Racisme & Culture', Paris, Sorbonne, 19-22 septembre 1956, Présence Africaine, 1956, réédition 2006
  • Peau noire, masques blancs, 1952, réédition, Le Seuil, collection "Points", 2001
  • L'An V de la révolution algérienne, 1959, réédition, La Découverte, 2011
  • Les Damnés de la Terre, 1961, réédition, La Découverte, 2002
  • Pour la révolution africaine. Écrits politiques, 1964, réédition La Découverte, 2006
  • Œuvres, Préface d'Achille Mbembe et introduction de Magali Bessone, La Découverte, 2011.

Références :

Irène GENDZIER, Frantz Fanon, Paris, Le Seuil, L’Histoire Immédiate, (1973), 1976.
Alice CHERKI, Frantz Fanon : portrait, Paris : Seuil, 2000 ;
Stuart HALL, Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, Paris, Éditions Amsterdam, 2007
Lewis R. GORDON, Introduction to Africana Philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 2008
Matthieu RENAULT, Frantz Fanon. De l'anticolonialisme à la critique postcoloniale, Amsterdam, 2011
Jean-Paul SARTRE, Réflexions sur la question juive,  Paris, Collection FOLIO Essais, 1956

Casey, "Suis ma Plume", 2006
Ékoué & La Rumeur, Nord Sud Est Ouest, 2008 

Le racisme n'est pas un tout mais l'élément le plus visible,
le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments,
le plus grossier d'une structure donnée.
Pour la révolution africaine, Frantz Fanon,
éd. La Découverte poche, 2001, p. 39
POUR EN SAVOIR PLUS, VISITER LE SITE DE LA FONDATION FRANTZ FANON, en cliquant sur:
FONDATION FRANTZ FANON

POUR VISIONNER LA VIDÉO & ENTENDRE LE DISCOURS "RACISME & CULTURE" par Frantz Fanon en 1956, cliquer sur:
RACISME & CULTURE par Frantz Fanon, à La Sorbonne en 1956